CAS BERNARD
Une histoire de famille, de bijouterie et de régions.

Denis Cas naît en 1887 à Dijon, rue Neuve Bergère. Son père Henri Cas était bourguignon et sa mère Marie Graff alsacienne. L'oncle et le père de Denis Cas étaient employés au dépôt SNCF, chefs mécaniciens de la locomotive du président Lebrun. À 14 ans Denis Cas commence à travailler comme employé de banque, vérifiant les additions de haut en bas puis de bas en haut. Passionné d'art il fréquente les musées, les expositions, et prend des cours de dessin le soir aux Beaux-Arts. Un jour un client de la banque, bijoutier, lui propose de venir travailler avec lui. Il accepte et devient ainsi remonteur de pendules, allant de maisons en maisons régler et remonter les carillons et les grandes horloges.

Au début des années 1900 il rejoint à Lyon son cousin Henri Schmitt qui travaille avec son frère comme artisan bijoutier. Il apprend avec eux le métier et travaille ensuite chez Chermette, joaillier de renom. Il rencontre Thérèse Desplanches, dont le père qui venait du nord Isère travaillait au dépôt SNCF de Saint Etienne et la mère qui venait de Bresse était couturière. Denis Cas et Thérèse Desplanches se marient et s'installent en 1912 au deuxième étage du 6 rue Tourville dans le 7ème arrondissement, quartier des immigrés de l'époque : auvergnats, bourguignons, savoyards et italiens. Une fille unique Suzanne naît en 1914 quand éclate la guerre. Denis Cas part au 227ème régiment d'infanterie de Dijon. La Marne, les Dardanelles, Verdun et encore la Marne, Denis Cas en revient sain et sauf en 1918, caporal et décoré pour faits d'armes.

Il reprend son travail d'ouvrier bijoutier. En 1924 il se met à son compte, le 6 juillet il dépose son poinçon de maître.Poinçon Denis Cas
Il travaille "en étage" dans son petit appartement de 40 mètres carrés. Thérèse est couturière à domicile, ce qui leur permet de vivre au démarrage. La tête de lit de Suzanne s'encastrait juste sous l'étau servant à tenir les filières ! L'outillage est de tradition pour cette époque : chalumeau au gaz de ville avec air pulsé par la bouche, emboutissage à l'aide de bouterolles sur un tas de plomb, limes, scies, compas et un drille pour les perçages. Pour s'éclairer, une lampe Pigeon placée à l'arrière d'une grosse boule en verre remplie d'eau. Cette boule est disposée à la hauteur des yeux, entre le travail et la source lumineuse. Parfois même colorée en bleue, elle diffuse et adoucit la lumière de la lampe.

Marie Graff et Henri Cas Thérèse, Suzanne et Denis Cas. Denis Cas

Au 6 rue Tourville, Denis Cas descend au rez-de-chaussée dans un appartement de 60 mètres carrés dans lequel il pourra développer une clientère particulière, puis bientôt professionnelle. De nouveaux modèles apparaissent, fini l'art nouveau, même l'art déco décline. C'est l'époque de la Pompadour, Denis Cas n'ayant pas d'égal en rapidité et en précision pour effectuer les "culs de puces" qui caractérisent ce modèle, ses confrères lui attribuent le titre de "Roi de la Pompadour" .

Après la guerre s'achève enfin une période difficile. En 1947, couvrant une des deux petites cours intérieures de l'immeuble, Denis Cas réorganise son atelier. Ils sont maintenant six pour produire, dont son gendre Gustave Bernard (dont les parents Théophile Bernard et Félicie Donave venaient de Roche en Régnier, petit village entre Auvergne et Velay ; Théophile travaillait comme sellier aux chemins de fer et Félicie tenait une mercerie rue d'Aguesseau) et bien sûr toujours "Suzette" au poli. Tous travaillaient au minimum huit heures par jour, six jours sur sept. C'était la norme à l'époque.

Suzanne Bernard Gustave Bernard

L'outillage a changé : un poste de polissage avec aspirateur des poussières, des moteurs électriques suspendus ont remplacé le drille, un laminoir électrique augmente aussi la dangerosité du métier (les premières phalanges de Denis Cas ne s'en sont jamais remises...) et même un équipement pour rhodier les nouveaux bijoux en or gris. Bientôt un balancier de quatre-vingt tonnes de pression permettra la fabrication de médailles. Grâce aux services de deux représentants, Messieurs Petit et Laumonier, la clientèle devient nationale. Denis Cas met aussi ses espoirs en ses deux petit-fils nés en 1938 et 1944 : "William sera bijoutier joaillier et Roland sera outilleur" aimait-il déclarer. Il est vrai qu'à cette époque la technique d'estampage était reine, afin de produire des quantités en réponse à la demande qui était forte.

19 novembre 1959, mort de Denis Cas quelques jours avant la fête de notre Saint Patron. Il aura juste le temps d'achever une broche en or gris sertie de diamants et émeraudes ; bijou offert lors du bal de la Saint Éloi organisé par notre chambre syndicale.

En 1960 la maison Denis CAS devient CAS-BERNARD S.A. Si l'atelier ne subit pas de transformations particulières, c'est dans le domaine commercial que le changement est important. Septembre 1960, première participation au salon Bijorhca de la Porte de Versailles. Un salon auquel nous participerons longtemps, comptant parmi les plus anciens exposants.
La "bague lyonnaise", bague "marguerite" avec diamant au centre et roses de diamants (ou saphirs blancs, puis plus tard oxydes de zirconium) en entourage constituait jusqu'alors la bague de fiançailles par excellence, le plus souvent en or gris. Dans les années 60, CAS-BERNARD est l'une des toutes premières entreprises à présenter ces bagues serties en leur centre d'émeraudes, de saphirs ou de rubis.

Bagues émeraudes Bagues saphirs Bagues rubis

À la fin des années 60 l'époque est au changement. La profession s'agite : nouvelles matières, nouvelles formes... Sous l'impulsion de maisons comme BRASIER ou LESIEUR à Paris, GRIVAUD à Lyon, le mouvement appelé "Propagande Or" puis "Prestige de l'Or" porte le renouveau : tendances à promouvoir, campagnes de publicité, presse et télévision. CAS-BERNARD en est membre associé sous le numéro 99.
CAS-BERNARD n'a jamais pris le train des groupements d'achats, très en vogue à l'époque... sans avoir eu à le regretter.

En 1972 l'atelier s'agrandit encore, la deuxième cour de l'immeuble est couverte. Trente-deux personnes travaillent, dont huit commerciaux qui couvrent toute la France et la Belgique. Roland Bernard parcourt en plus les DOM-TOM et l'Afrique francophone, ainsi que des pays producteurs tel que le Brésil. L'atelier s'ouvre à des visiteurs de tous horizons. Les équipements et les postes individuels se modernisent, une fonte à cire perdue est maintenant intégrée dans l'atelier, mais le savoir-faire manuel reste central, il faut toujours réaliser à la main les maquettes nécessaires à la préparation des moules utilisés dans le cadre de la fonte. Nous comptons dans l'entreprise plusieurs milliers de moules réalisés depuis cette époque et cela continue toujours aujourd'hui, c'est un vrai patrimoine.
CAS-BERNARD fait encore figure de précurseur, au cours des années 70, en osant la fabrication de bijoux sertis de pierres fines et en organisant chez les clients détaillants des expositions de bijoux et de pierres sur papier.

atelier années 70 expositions pierres fines années 70 / 80 expositions pierres fines années 70 / 80 expositions pierres fines années 70 / 80 expositions pierres fines années 70 / 80 expositions pierres fines années 70 / 80

Années 80 : les Trente Glorieuses c'est fini, progressivement CAS-BERNARD réduit la voilure, s'adapte. Cette décennie sera terrible pour la bijouterie à laquelle la grande distribution se mêle. Dans la course aux prix, de nombreux fabricants se tournent vers l'importation en provenance de pays à bas coûts, en délaissant leur propre outil de production... cette démarche leur sera fatale. Les nombreuses fermetures qui s'ensuivront entraineront la perte des savoir-faire manuels, ce dont la profession ne s'est jamais relevée.
Là encore CAS-BERNARD ne monte pas dans le train... Nous contiuons plutôt l'organisation d'animations avec les détaillants, les jeux "Chercheur d'or" animent les foires auxquelles prennt part les bijoutiers.
Le nombre de salariés se réduit. Les stocks, les collections, les VRP c'est fini, reconversion dans la prestation de service. En 1988 est déposée la marque J'ai L'OR (INPI 1506498) qui s'adresse aux clients finaux, les détaillants tenant le rôle d'agents de la marque, aidés en cela par l'usage de catalogues rédigés pour une lecture tout public.

catalogues années 80 / 90 catalogues années 80 / 90 catalogues années 80 / 90

À l'initiative de commerciaux régionaux, la décennie 90 est marquée par l'apparition d'une quantité de "petits salons" : les Aiglons à Molsheim en Alsace, Bijorama à Marseille, et aussi Nice, Toulouse, Bordeaux, Les Herbiers en Vendée, Nantes, Rennes... CAS-BERNARD est à chaque fois présent, permettant ainsi un bon contact avec ses clients possesseurs des "outils de travail" que sont les catalogues successifs.
À chaque parution de catalogue toujours plus de produits, réalisables àpartir de l'or et des pierres du client. Toujours plus de produits parce que toujours plus de nouvelles fabrications, les demandes des clients étant sans limites ! Ajoutez la documentation historique dans laquelle nous effectuons des recherches, des voyages, et ainsi grandit la collection des bijoux régionaux, originaux et insolites, qui nous conduit à déposer en 2001 la marque Bijoux des Régions de France (INPI 013090564).

Au début des années 2000 les salons régionaux poursuivent leur développement, faisant même un peu d'ombre aux salons parisiens, en tous cas pour le secteur précieux. Mais le bénévolat des commerciaux s'essouffle. Bientôt il n'y aura plus qu'un seul organisateur professionnel pour quatre à cinq salons dans les grandes régions, mais s'éloignant de plus en plus des besoins réels et concrets de la branche... tout sera consumé.

Entre 1977 et 1986 Roland Bernard et Annie Prus (dont les parents Thaddé Prus et Anna Rutkowski originaires de Pologne étaient arrivés à Saint Étienne en 1923) ont cinq enfants, parmi eux Emmanuel (ESSEC 2000) Pierre (École de bijouterie de Lyon 2003) et Dominique (Dauphine 2009) continuent à travailler pour l'entreprise. Puis de cette quatrième génération vient une cinquième génération et nous remarquons ainsi la naissance d'un arrière-arrière-petit-fils de Denis Cas cinquante ans précisément après sa mort, le 19 novembre 2019.

Annie et Roland Bernard Hera, bijou de Braque

Des années 1990 à 2010 nous réalisons les Bijoux de Braque. En 2013 nous déménageons de Lyon en Alsace afin de bénéficier de nouveaux locaux avec un haut niveau de sécurité et pour faciliter les échanges que nous effectuons de plus en plus souvent avec l'Allemagne. Changement de région = changement de bureau de Garantie pour la Douane = enregistrement d'un nouveau modèle de poinçon.Poinçon Cas Bernard

Ces dernières années ont été marquées par la montée en puissance de nouvelles technologies : dessin CAO, impression 3D, gravure et sculpure Laser, soudure Laser, tribofinition, spectromètre. Cas-Bernard s'équipe et utilise ces nouveaux outils, mais sans oublier le travail manuel qui reste la base de notre métier : scier, limer, émeriser, souder... Savoir-faire et innovation se conjugent pour "travailler vite et bien". Imaginatifs et rigoureux à la fois nous ne ménageons pas notre peine et nous sommes toujours une entreprise très active, qui compte comme Entreprise du Patrimoine Vivant.

En complément de cette histoire du métier et de notre entreprise, d'autres pages pour continuer à nous connaître :

Le site de bijoux sur mesure indépendant de notre entreprise mais qui travaille avec nos fabrications.
Août 2017, voyage pierres fines et précieuses en Inde
Septembre 2012, exposition Journées du Patrimoine
Novembre 2011, exposition bijoux Grenoble
Été 2011, exposition des bijoux coq de Barcelos au Portugal
Janvier 2011, voyage en Guyane, à travers forêt et rivières, sur le site d'une exploitation aurifère
Mai 2009, voyage au Brésil, à la recherche d'émeraudes, aigues-marines, topazes nobles
Emmanuel Bernard récits et photos : air, montagne, voyages...
Emmanuel Bernard Legos : trains, bateaux, chateaux...
Emmanuel Bernard vidéos : slackline, parapente...

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